08.04.2007

Royal, entre stress et audace

Royal, entre stress et audace


LE MONDE | 07.04.07 | 11h55 • Mis à jour le 07.04.07 | 11h55
MONTAUBAN, CARMAUX ENVOYÉE SPÉCIALE



Que cette campagne est dure ! Les points de sondage gagnés, perdus, jamais commentés officiellement, mais toujours scrutés avec anxiété. Les polémiques sans cesse relancées. Les mots justes qu'il faut trouver. La peur des derniers jours, décisifs. En déplacement dans le sud-ouest de la France, vendredi 6 avril, Ségolène Royal est à l'épreuve de tout cela dans un contexte où, comme le souligne son codirecteur de campagne, Jean-Louis Bianco, "aucun candidat n'a réussi à imposer un thème plus de quarante-huit heures".



La candidate socialiste, elle, éprouve des difficultés à expliquer sa proposition de créer un "contrat première chance" pour les jeunes non qualifiés, dont le salaire et les cotisations seraient pris en charge par les pouvoirs publics pendant un an. Les critiques de la gauche de la gauche, qui n'a pas hésité à le comparer au CPE avorté du gouvernement Villepin, ajoutées aux explications confuses dans le camp socialiste, ont transformé le "CPC" ("contrat première chance") en objet polémique. Or, la méthode y est pour beaucoup.

Lancée à Guéret, le 30 mars, l'idée est d'abord restée en jachère. Les précisions apportées huit jours plus tard par la candidate, qui donne parfois l'impression d'"avancer en marchant" et d'élaborer son projet en fonction des réactions, ont eu l'effet contraire à celui escompté.

Jeudi, Mme Royal annonce que le CPC, réservé aux jeunes recrutés dans les très petites entreprises et dont la vocation est de se transformer en contrat à durée indéterminée, comprendrait une période de trois mois "d'adaptation", sous la responsabilité d'un tuteur. Une nouveauté.

Vendredi, rencontrant des artisans et des commerçants à la maison de l'emploi de Valence d'Agen, elle reprend au bond la suggestion d'un artisan maçon : oui, acquiesce la candidate, le tutorat pourra être fait dans l'entreprise, et sera lui aussi pris en charge par les pouvoirs publics, en "continuant à rémunérer un senior au moment du départ à la retraite". Une innovation, encore, tandis que les critiques redoublent.

Faisant halte, entre deux réunions "populaires", plutôt réussies, sur des places publiques, dans les locaux du conseil général du Tarn-et-Garonne, à Montauban, Mme Royal en perd son calme. "S'il y en a qui ont de meilleures idées, qu'ils les donnent", lance-t-elle devant la presse en fustigeant "cette espèce de mollesse et d'indifférence à l'égard de ceux qui souffrent le plus". La prise en charge du tuteur ? "La réponse est oui. Mais c'est formidable, qu'est-ce que vous voulez de plus ? s'agace-t-elle. Je peux réajuster mais j'avancerai droit, personne ne m'intimidera. Concentrez-vous sur l'essentiel des choses, quoi. Les méchants, les gentils, ça suffit".

Ségolène Royal en meeting à Carmaux, le 6 avril 2007. | AFP/PASCAL PAVANI
Ségolène Royal en meeting à Carmaux, le 6 avril 2007. AFP/PASCAL PAVANI


"DES AJUSTEMENTS"


Elle paraît excédée. "Non, je ne suis pas excédée, coupe Ségolène Royal, en s'échauffant au jeu des questions-réponses. Hou la la, il y un ajustement mais c'est dramatique ! Ce système tellement bureaucratique où tout le monde est en train de chicailler, mais les gens n'en peuvent plus ! Ça va marcher parce que je m'appuie sur les élus locaux qui ont compris le film. (...) Le pays attend quelqu'un qui va le sortir de la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui. Il n'y a ni changement, ni flottement, mais une écoute et des ajustements, voilà".

Après avoir fait la liste de ses derniers grands meetings qui seront consacrés aux "fonctions régaliennes" du chef de l'Etat, elle délègue le soin à Jean-Louis Bianco de monter à bord du bus des journalistes pour répondre aux questions.

Le soir, en meeting à Carmaux, patrie de Jaurès, la candidate socialiste reviendra elle-même sur le sujet en convoquant "le Jaurès le plus hardi, le plus iconoclaste, celui qui houspillait fraternellement ses camarades en leur disant : "n'ayez pas peur d'aucune formule ou idée neuve"".

Mais signe d'une tension qui ne s'est pas apaisée, et de fatigue sans doute, elle commet un lapsus et évoque "le contrat nouvelle chance".


Isabelle Mandraud
Article paru dans l'édition du 08.04.07.