08.04.2007
Le rapport Meda précise le contenu du contrat première chance
Afin de couper court aux craintes suscitées à gauche et dans une partie des organisations de jeunesse par le contrat première chance (CPC), la sociologue du travail Dominique Méda, chargée par Ségolène Royal d'un rapport sur ce sujet, devait détailler, vendredi 6 avril, cette mesure destinée aux jeunes non qualifiés. Des précisions indispensables après la confusion qui a entouré la présentation, par la candidate socialiste et son entourage, de ce dispositif alliant insertion professionnelle dans l'entreprise et formation.
Mme Méda rappelle d'abord "les grandes difficultés" des jeunes non qualifiés : leur exposition plus fréquente au chômage, notamment de longue durée, et à la précarité (temps partiel contraint, contrats courts etc.) Ces difficultés, ainsi que la dérive fréquente de mesures conçues pour les non-qualifiés vers de plus hauts niveaux de qualification, nécessitent, à ses yeux, une mesure ciblée sur les jeunes les plus éloignés de la qualification. La sociologue évalue ce public à environ 200 000 personnes : quelque 120 000 jeunes de plus de 16 ans sortant chaque année du système éducatif sans diplôme autre que le brevet, et le stock de jeunes non qualifiés au chômage.
"NI CONTRAT AIDÉ SUPPLÉMENTAIRE, NI CONTRAT DE TRAVAIL"
Le CPC leur offre la possibilité d'un parcours d'insertion durable dans une petite entreprise, doublé d'un accompagnement (tutorat, formation, remobilisation etc.). Mme Méda propose que le type d'entreprise concernée – PME de moins de dix salariés ou de moins de 20 – fasse l'objet d'une discussion avec les partenaires sociaux.
"Ni contrat aidé supplémentaire, ni contrat de travail", le contrat première chance est d'abord "une convention entre trois partenaires qui s'engagent : la région, l'employeur et le jeune" sur les différentes étapes d'un parcours. Une fois conclue cette convention, il est prévu une première période de trois mois en entreprise, au cours de laquelle le jeune, bénéficiant du statut de stagiaire de la formation professionnelle, est suivi à la fois par un tuteur et par un référent externe (conseiller ANPE, mission locale etc.) choisi par la région qui pilote le dispositif. Au terme de ces 3 mois, un bilan est fait et un contrat d'apprentissage, de professionnalisation ou à durée indéterminée est passé avec le jeune.
La prise en charge par les pouvoirs publics du salaire et des charges dure douze mois. Pour éviter les effets d'aubaine, "les entreprises ne peuvent accueillir qu'un seul jeune", et "un délai d'un an doit être respecté entre deux entrées en contrat première chance". "En cas de rupture du contrat au bout d'une année" à l'initiative de l'employeur et en l'"absence de cause réelle et sérieuse, l'entreprise doit rembourser l'ensemble de l'aide" prévoit le rapport Méda. Le coût de la mesure, financée dans le cadre de la remise à plat des 65 milliards d'euros d'aide aux entreprises, est jugé "inférieur dans tous les cas à un milliard d'euros".
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Contrat première chance : l'Unef "rassuré"
Contrat première chance : l'Unef "rassuré"
NOUVELOBS.COM | 07.04.2007 | 13:41
Après avoir dénoncé une "connerie", le président de l'Unef, Bruno Julliard, se satisfait des explications apportées par l'équipe de campagne de Ségolène Royal.

"Je suis beaucoup moins sceptique et beaucoup moins inquiet que les jours précédents", a-t-il confié sur RTL. Lorsque Ségolène Royal a annoncé la semaine dernière le CPC, "dont la terminologie était pour le moins surprenante un an après le retrait du CPE, j'avais fait savoir à son équipe que j'étais un peu inquiet", parlant de "bourde importante parce que ça laissait entendre qu'il y avait un nouveau contrat de travail avec des droits au rabais pour les jeunes, un petit frère du CPE ou un CPE de gauche".
"Noyée par une mauvaise communication"
Le CPC n'est donc pas à ses yeux "un nouveau contrat de travail mais plutôt un aménagement d'un dispositif déjà existant". "L'idée qui est présentée par Ségolène Royal est bonne, voire même très bonne", a ajouté le dirigeant du principal syndicat estudiantin de France en jugeant "dommage qu'elle ait été noyée par une mauvaise communication".
Devant la pluie de critiques sur son CPC, Ségolène Royal a assuré vendredi qu'elle tiendrait bon, mais a quand même révisé sa copie en ajoutant une période d'essai de trois mois et de possibles sanctions contre l'employeur. Avec le CPC, elle a pris le risque de froisser une frange de la gauche et des jeunes électeurs farouchement engagés dans la lutte anti-CPE début 2006.
Ce dispositif est destiné aux 120.000 jeunes qui sortent chaque année non qualifiés du système scolaire, et dont salaire et charges seraient intégralement couverts par l'Etat pendant un an s'ils sont recrutés dans de très petites entreprises de moins de dix salariés. (AP)
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Royal, entre stress et audace
LE MONDE | 07.04.07 | 11h55 • Mis à jour le 07.04.07 | 11h55
MONTAUBAN, CARMAUX ENVOYÉE SPÉCIALE
Que cette campagne est dure ! Les points de sondage gagnés, perdus, jamais commentés officiellement, mais toujours scrutés avec anxiété. Les polémiques sans cesse relancées. Les mots justes qu'il faut trouver. La peur des derniers jours, décisifs. En déplacement dans le sud-ouest de la France, vendredi 6 avril, Ségolène Royal est à l'épreuve de tout cela dans un contexte où, comme le souligne son codirecteur de campagne, Jean-Louis Bianco, "aucun candidat n'a réussi à imposer un thème plus de quarante-huit heures".
La candidate socialiste, elle, éprouve des difficultés à expliquer sa proposition de créer un "contrat première chance" pour les jeunes non qualifiés, dont le salaire et les cotisations seraient pris en charge par les pouvoirs publics pendant un an. Les critiques de la gauche de la gauche, qui n'a pas hésité à le comparer au CPE avorté du gouvernement Villepin, ajoutées aux explications confuses dans le camp socialiste, ont transformé le "CPC" ("contrat première chance") en objet polémique. Or, la méthode y est pour beaucoup.
Lancée à Guéret, le 30 mars, l'idée est d'abord restée en jachère. Les précisions apportées huit jours plus tard par la candidate, qui donne parfois l'impression d'"avancer en marchant" et d'élaborer son projet en fonction des réactions, ont eu l'effet contraire à celui escompté.
Jeudi, Mme Royal annonce que le CPC, réservé aux jeunes recrutés dans les très petites entreprises et dont la vocation est de se transformer en contrat à durée indéterminée, comprendrait une période de trois mois "d'adaptation", sous la responsabilité d'un tuteur. Une nouveauté.
Vendredi, rencontrant des artisans et des commerçants à la maison de l'emploi de Valence d'Agen, elle reprend au bond la suggestion d'un artisan maçon : oui, acquiesce la candidate, le tutorat pourra être fait dans l'entreprise, et sera lui aussi pris en charge par les pouvoirs publics, en "continuant à rémunérer un senior au moment du départ à la retraite". Une innovation, encore, tandis que les critiques redoublent.
Faisant halte, entre deux réunions "populaires", plutôt réussies, sur des places publiques, dans les locaux du conseil général du Tarn-et-Garonne, à Montauban, Mme Royal en perd son calme. "S'il y en a qui ont de meilleures idées, qu'ils les donnent", lance-t-elle devant la presse en fustigeant "cette espèce de mollesse et d'indifférence à l'égard de ceux qui souffrent le plus". La prise en charge du tuteur ? "La réponse est oui. Mais c'est formidable, qu'est-ce que vous voulez de plus ? s'agace-t-elle. Je peux réajuster mais j'avancerai droit, personne ne m'intimidera. Concentrez-vous sur l'essentiel des choses, quoi. Les méchants, les gentils, ça suffit".
Ségolène Royal en meeting à Carmaux, le 6 avril 2007. AFP/PASCAL PAVANI
"DES AJUSTEMENTS"
Elle paraît excédée. "Non, je ne suis pas excédée, coupe Ségolène Royal, en s'échauffant au jeu des questions-réponses. Hou la la, il y un ajustement mais c'est dramatique ! Ce système tellement bureaucratique où tout le monde est en train de chicailler, mais les gens n'en peuvent plus ! Ça va marcher parce que je m'appuie sur les élus locaux qui ont compris le film. (...) Le pays attend quelqu'un qui va le sortir de la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui. Il n'y a ni changement, ni flottement, mais une écoute et des ajustements, voilà".
Après avoir fait la liste de ses derniers grands meetings qui seront consacrés aux "fonctions régaliennes" du chef de l'Etat, elle délègue le soin à Jean-Louis Bianco de monter à bord du bus des journalistes pour répondre aux questions.
Le soir, en meeting à Carmaux, patrie de Jaurès, la candidate socialiste reviendra elle-même sur le sujet en convoquant "le Jaurès le plus hardi, le plus iconoclaste, celui qui houspillait fraternellement ses camarades en leur disant : "n'ayez pas peur d'aucune formule ou idée neuve"".
Mais signe d'une tension qui ne s'est pas apaisée, et de fatigue sans doute, elle commet un lapsus et évoque "le contrat nouvelle chance".
Isabelle Mandraud
Article paru dans l'édition du 08.04.07.
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