11.05.2008

Bas salaires, une autre politique !

Bas salaires, une autre politique ! par Ségolène Royal

Tribune publiée dans Le Monde daté du 10 mai.

7,1 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, au moins 1,5 millions de travailleurs pauvres qui sont surtout des travailleuses, précarisés par le temps partiel contraint ou l’intérim : notre système social ne protège plus contre le risque de pauvreté. Ce risque, loin de concerner une catégorie restreinte de personnes fragilisées, touche désormais des travailleurs qui se sentaient autrefois à l’abri, générant une insécurité sociale que reflète le pessimisme actuel des Français.

Contre la pérennisation d’un salariat de la misère et pour que tout travail soit justement rémunérateur, les socialistes ont soutenu dès 2005 la création d’un revenu de solidarité active (RSA), destiné à augmenter la rémunération des salariés pauvres. Il s’agissait dans notre esprit de compléter et de prolonger les effets bénéfiques de la prime pour l’emploi (PPE), créée en 2000 par le gouvernement de Lionel Jospin. Les efforts s’étaient alors concentrés sur les salariés à plein temps rémunérés à proximité du Smic. Ce choix demeure pertinent, mais il doit aujourd’hui être amplifié, notamment en direction des travailleurs à temps partiel et à trois-quarts temps, comme le proposait le RSA. Cela aurait également été l’occasion d’améliorer le fonctionnement et la lisibilité de la PPE, qui aujourd’hui est versée avec retard.

Or voici que l’on nous annonce que, loin de compléter la PPE, le RSA sera en réalité un dispositif consistant à déshabiller les salariés pauvres à temps plein pour habiller les salariés pauvres à temps partiel ! Cette imposture enlève au concept même de RSA tout son sens. Lors de son intervention télévisée du jeudi 24 avril, Nicolas Sarkozy a explicitement demandé aux salariés modestes bénéficiaires de la PPE de financer le nouveau dispositif, idée saugrenue que le Haut commissaire aux solidarités actives a malheureusement renoncé à contester. Ce sont aujourd’hui huit millions de travailleurs gagnant à peine plus que le salaire minimum et percevant la PPE qui sont menacés de perdre entre 20 et 150 € par mois ! Ironie cruelle de l’histoire, ceux qui accomplissent quelques heures supplémentaires perdront la faible hausse de pouvoir d’achat prétendument procuré par les mesures gouvernementales.

A ce stade du débat, il me semble urgent de dire halte à l’imposture et de définir quelle doit être, à mon sens, la position de la gauche vis-à-vis du RSA. Première condition : il est hors de question que cette réforme se fasse au détriment des bénéficiaires de la PPE. Deuxième condition : le nouveau dispositif doit – comme la PPE – prendre la forme d’un crédit d’impôt géré par l’administration fiscale, et non d’une allocation gérée comme les minima sociaux par les caisses d’allocations familiales. Les salariés rémunérés au Smic, qu’ils travaillent à temps plein ou à temps partiel, paient aujourd’hui plus de deux mois de salaire au titre de la TVA et un mois de salaire au titre de la CSG. Ce sont des contribuables dont il faut alléger la charge fiscale – et non des allocataires de revenus d’assistance. Que le nouveau dispositif ainsi refondu prenne le nom de PPE ou de RSA n’a guère d’importance, pourvu que ces conditions de fond soient satisfaites.

Au soir du premier tour de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy avait dit vouloir « parler à ceux auxquels on ne parlait plus, aux travailleurs, aux ouvriers, aux employés ». Aujourd’hui, 16 000 contribuables assujettis à l’impôt sur la fortune se voient rembourser chaque année 350 millions d’euros au titre du bouclier fiscal. Mais ce sont ceux qui ont de petits revenus, les plus nombreux dans notre pays, qui paient le prix de l’austérité, alors qu’avec 15 milliards d’euros chaque année, le paquet fiscal aurait largement pu financer le RSA!

Au-delà de la question budgétaire, c’est également la philosophie du revenu de solidarité retenue par le gouvernement qui est profondément contestable. La lutte contre la pauvreté au travail et l’incitation à la reprise d’activité ne passent pas seulement par le complément entre salaire et prestation sociale. Une politique ambitieuse doit prendre en compte toutes les contraintes, y compris non monétaires, qui empêchent les demandeurs d’emploi de retrouver un travail décent.

Cela suppose d’abord un véritable accompagnement individualisé des bénéficiaires de minima sociaux. Aujourd'hui, moins de 35% des Rmistes sont suivis par l'ANPE. On ne peut pas continuer ainsi. Autre carence majeure, le dispositif proposé ne permettra pas de surmonter l’ensemble des freins à la reprise d’emploi : pourtant, les contraintes de santé, les difficultés de transport ou l'absence de modes de garde pour les bénéficiaires de l'allocation parent isolé, constituent des limites puissantes à l’acceptation d’un travail. Il faut en particulier créer un véritable service public de la petite enfance, dont l’absence limite l’accès des femmes au travail.

Enfin, la mise en œuvre du dispositif devrait s'accompagner d'engagements du côté des entreprises. En venant en aide aux travailleurs pauvres, le RSA ne doit pas se substituer à leur responsabilité sociale, tant sur les salaires que sur les formes de contrats de travail privilégiées. Faute de négociation avec les partenaires sociaux, la modération salariale va s’aggraver et le recours au temps partiel subi va s’accélérer, créant ainsi durablement des trappes à bas salaires.

Sur tous ces sujets, le gouvernement n'apporte aucune réponse. C’est la gauche qui, en 2000, a lancé ce vaste chantier de la revalorisation du travail et du pouvoir d’achat des salariés modestes. Si le gouvernement veut réellement compléter et améliorer le fonctionnement de ce dispositif, nous sommes prêts à y contribuer. Ne laissons pas dévoyer aujourd’hui cette belle idée : une autre politique est possible.

 

Signature Ségolène Royal

07.05.2008

Ségolène Royal face aux lecteurs du Parisien

En visite dans les locaux du Parisien, Ségolène Royal, ex-candidate à l'élection présidentielle, a rencontré un panel de lecteurs du Parisien. Bilan Sarkozy, avenir du PS, ambitions présidentielles, vie privée, la présidente de la région Poitou-Charentes se livre à un exercice de vérité

06.05.2008

Une autre politique est possible

Ségolène Royal sur France Info

 

 

Tirant le bilan d'un an de présidence Sarkozy, Ségolène Royal a jugé que les Français "souffrent" de "la vie chère, (des) promesses non tenues, (de) la place de la France dans le monde qui recule". Ce qu'il faut, c'est "leur dire qu'une autre politique est possible. Et donc il faut faire pression sur ceux qui nous gouvernent pour qu'ils changent de politique".

Face à "une crise mondiale qui est là", Ségolène Royal a estimé que "le pouvoir en place n'a pas pris la mesure de la gravité de la situation".

Interrogée sur le tour de vis dans les dépenses publiques, Mme Royal juge que "bien sûr il faut réformer l'Etat pour qu'il soit plus efficace. Mais il faudrait que ceux qui réforment l'Etat aiment le service public et aiment l'Etat parce que ce que l'on subit aujourd'hui sur le territoire (...) avec la fermeture des tribunaux, des hôpitaux, des écoles, des trésoreries, des services publics de proximité qui font qu'aujourd'hui nous avons une France à deux vitesses" en matière notamment de santé et d'éducation.

Pour elle, "réformer l'Etat, ce n'est pas casser le service public. Réformer l'Etat, c'est mettre du service public au contraire là où on en a besoin, faire des économies là où c'est nécessaire". Ségolène Royal estime que "l'Etat doit assumer ses responsabilités et en particulier garantir l'égalité du développement sur l'ensemble du territoire". En fin de compte, "il ne faut pas réformer contre les gens mais avec eux".

23.04.2008

Ségolène Royal souffle sur les braises d’une «année ratée»

MATTHIEU ÉCOIFFIER
Source Libération : mercredi 23 avril 2008

La première à dézinguer Sarkozy. Un an, jour pour jour, après le premier tour de la présidentielle, Ségolène Royal a ressorti hier sa saine colère contre son ex-rival. Prétextant la présentation d’un «rapport d’étape» de sa consultation participative sur le site web «Congrès utile et serein», elle a dressé un bilan sévère de l’action et de la personne du Président. Façon de coiffer les autres ténors socialistes au poteau, deux jours avant l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy. «Jeudi, j’attends qu’il reconnaisse ses erreurs. Qu’il revienne sur les mesures fiscales les plus injustes. Il faut récupérer les 15 milliards par an pour doubler la prime pour l’emploi, les aides aux PME innovantes et baisser la TVA», a-t-elle lancé de son nouveau QG du boulevard Raspail, à Paris. Et de brandir le «paquet fiscal très injuste» comme à l’origine de «la colère des Français».

«Faute». «Deux Français sur trois estiment que cette année est ratée. Je ne m’en réjouis pas. Notre pays ne peut pas se le permettre. Je suis convaincue qu’il y a des solutions, qu’il n’y a pas de fatalité. Nicolas Sarkozy avait toutes les cartes entre les mains. S’il l’a ratée cette première année présidentielle, c’est de sa faute!» a-t-elle balancé. Et Ségolène Royal de se poser en principale interprète de ce «gâchis» et des états d’âme des Français : «Nicolas Sarkozy a promis un choc de croissance, une rupture… On a eu tout le contraire.» Et ce «à cause», selon elle «d’une conception des pouvoirs ultracentralisée, une exhibition permanente».

Invoquant avec nostalgie les 17 millions de voix qui se sont portées sur elle au deuxième tour de la présidentielle, Ségolène Royal a dessiné en creux ce qu’aurait été sa façon de gouverner si elle avait été élue. «Il faut que Nicolas Sarkozy écoute les Français, dialogue avec les partenaires sociaux. Moi, je continue cette démarche de démocratie participative», a-t-elle dit.

Appliqué au congrès du PS en novembre, cela donne déjà «732 contributions» de militants«passionnés pour que le texte de la contribution [qu’elle défendra, ndlr], soit issu de la base et ne soit pas concocté à quelques-uns dans un espace fermé», a-t-elle conclu.

Blog. Face aux dirigeants du PS qui raillent l’antienne participative de Royal, un proche de l’ex-candidate rappelait hier que tous s’y mettent : «Benoît Hamon et le NPS consultent les militants et Jean-Christophe Cambadélis nous a dit : "Bien joué, 1-0, après le lancement de notre site."» Sur son blog, François Hollande dit aussi : «Je vous attends» aux militants. 103 commentaires y étaient postés hier soir. Contre 732 sur le site de Royal.

06.04.2008

Rencontre Nationale Désirs d'Avenir

Petit reportage lors de la réunion d'hier soir des responsables DA. La qualité visuelle est très moyenne, manque de lumière ...

Ambiance Réunion Nationale Désirs d'Avenir à Paris le Samedi 5 avril 2008
envoyé par segoleneparis

17.03.2008

"Il faut transformer ce vote sanction en vote d'avenir."

Ségolène Royal s’exprime sur le scrutin du 16 mars.

 

Ségolène Royal constate que "Le mouvement du premier tour s'est amplifié au second" ce qui implique que"nous devons être à la hauteur, des espoirs que les électeurs placent en nous ce soir pour transformer ce vote sanction en vote d'avenir

La gauche doit faire face a ses nouvelles responsabilités "Dans un contexte de profonde inquiétude, nous, élus locaux, devons à la fois protéger, imaginer et surtout réparer ce que le gouvernement a abîmé et détruit au cours des derniers mois. La peur du lendemain s'empare même de celles et ceux qui se croyaient à l'abri".

Ségolène Royal dresse un bilan de la siutation en France "Nous avons aujourd'hui de l'improvisation, du désordre gouvernemental, nous avons une perte de sens, de repères, de valeurs. Nous avons une crise morale, sociale, économique, écologique".

Elle demande en conséquence au gouvernement "de renoncer aux mesures fiscales injustes et d'augmenter les retraites et les salaires, de renoncer au paquet fiscal et de supprimer les franchises médicales.

Le gouvernement a dit après le premier tour qu'il entendrait le message, eh bien, qu'il le fasse et qu'il change sa politique et son comportement >".

Pour Ségolène Royal,"il ne s'agit pas d'arrêter des réformes mais de faire de bonnes réformes". "La situation est grave, il faut que le pouvoir se ressaisisse et écoute ce que viennent de dire les Français".

07.03.2008

Municipales: Ségolène Royal appelle les Français à se mobiliser

DDA A la une

 

A cinq jours du premier tour des élections municipales, Ségolène Royal, venue à Toulouse mercredi apporter son soutien à Pierre Cohen, candidat PS de la ville, a appelé les électeurs à voter "massivement dimanche" afin de dire "non au déclin de la France".

"Si nous voulons dire non au déclin de la France qui tous les jours est organisé par la désinvolture, l'incompétence et l'impolitesse, je compte sur vous pour voter massivement dimanche prochain", a lancé Ségolène Royal aux habitants du quartier Bagatelle à Toulouse rassemblés à la Maison de quartier.

"La France a besoin de Toulouse pour avancer. Les grandes capitales régionales peuvent tirer la France vers le haut. Les municipales sont un enjeu local et de dynamique global". "On a très envie d'avoir des responsables politiques sérieux, respectueux car en haut, on a quelqu'un de pas sérieux qui fait reculer la France", a-t-elle ajouté.

Ségolène Royal à également déclaré que "la France a été trompée, elle est en colère. Il faut qu'elle passe à l'action les 9 et 16 mars prochains".

"Puisque là-haut, à Paris, ils ne passent pas à l'action, alors c'est dans les villes que nous allons passer à l'action au lendemain des élections municipales", a-t-elle dit au cours d'un meeting qui a rassemblé près de 800 sympathisants.

"La France est si malmenée dans son histoire et ses valeurs que jamais tant de scandales financiers ou moraux ont éclaté, a lancé Ségolène Royal. Quant à la politesse à l'école, on a vu ce que cela a donné quand le principal intéressé est passé à l'action!".

Ségolène Royal a ajouté que "Les promesses n'ont pas été tenus par ce président du pouvoir d'achat. Vous vous souvenez ?".

26.02.2008

"Le dérapage de Nicolas Sarkozy serait passé inaperçu s'il y avait des résultats"

Ségolène Royal : "Le dérapage de Nicolas Sarkozy serait passé inaperçu s'il y avait des résultats"

Invitée de RTL depuis Bordeaux, Ségolène Royal a commenté l'actualité et notamment l'échange houleux entre Nicolas Sarkozy et un badaud lors du salon de l'agriculture ce week-end. "Un dérapage verbal violent comme celui-ci n'est pas conforme à l'idée du président. Il serait passé inaperçu s'il y avait des résultats. Les gens attendent que le président soit efficace", a commenté la socialiste. Elle a également souhaité que Nicolas Sarkozy "reprenne contact avec la réalité de la vie quotidienne", notamment sur la question du pouvoir d'achat.

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Thomas Legrand 26 févr. 2008

Ségolène Royal est "l'invitée de RTL"

 

* Thomas Legrand : Madame Royal, bonjour.

Ségolène Royal : Bonjour.

* Vous êtes en ligne avec nous depuis Bordeaux. Vous êtes venue soutenir Alain Rousset, le candidat socialiste...

Oui, et puis, hier à Périgueux, Michel Moyrand et Alain Savary également, oui.

* On va, bien sûr, parler des Municipales. Mais avant, vous avez eu le temps de lire le journal "Aujourd'hui en France", ce matin ?

Oui, vous me l'aviez recommandé. Donc, je l'ai fait.

* Voilà. Le Président s'explique, ce matin, sur plusieurs sujets et il y a, bien sûr, son algarade au Salon de l'Agriculture. Il dit : "J'aurais mieux fait de ne pas répondre". C'est un mea culpa. L'incident est clos ?

Vous savez, je pense qu'un dérapage verbal violent comme celui-ci, quand même n'est pas conforme à l'idée que l'on se fait du rôle du Président de la république. Mais ce dérapage serait passé beaucoup plus inaperçu s'il y avait des résultats en Politique. Ce que les gens attendent et comme vous l'avez rappelé, à l'instant, j'en rencontre beaucoup, beaucoup, en ce moment. Ce que les gens attendent, et maintenant avec colère, c'est que le Président de la République soit efficace par rapport à ce qu'il a promis, c'est-à-dire la hausse des salaires, la hausse des petites retraites, et surtout la défense du pouvoir d'achat.

Or, vous savez que les prix flambent. "60 millions de Consommateurs" vient de publier le véritable indice des prix et les produits alimentaires, c'est-à-dire ce qui fait la base de la vie quotidienne. Le droit de pouvoir se nourrir correctement devrait pouvoir quand même continuer à exercer en France. Or, aujourd'hui, c'est le fait maintenant de pouvoir manger correctement plusieurs repas par jour qui est menacé dans beaucoup de familles à revenus moyens et modestes. Et je vois beaucoup de personnes âgées qui ne font plus qu'un repas par jour. Songez que, par exemple, les pâtes ont augmenté de 40%. Donc, c'est ça, je crois qui, aujourd'hui, appelle de Nicolas Sarkozy des actions efficaces.

* Justement, ce matin, dans le journal "Aujourd'hui", il dit à propos du pouvoir d'achat. Il reparle des heures supplémentaires, et il dit : ça marche du tonnerre. Donc, ça va venir. Vous avez constaté que ça marchait du tonnerre, vous aussi ?

Je n'ai pas vraiment constaté que ça marchait du tonnerre. Je pense qu'il faudrait que Nicolas Sarkozy reprenne contact avec la réalité de la vie quotidienne. Ce que je vois surtout, c'est que la précarité au travail augmente. Regardez, même un problème aussi facile à résoudre que celui de la rémunération, de la précarité et des contrats à temps partiel des caissières dans les hypermarchés qui n'ont jamais gagné autant d'argent, même ce problème-là, malgré les grèves, les mouvements sociaux, qui n'ont pas été faciles pour les caissières - il y a eu des rétorsions patronales sur elles, sur celles qui se sont arrêtées - même ce problème-là n'est pas réglé.

* Est-ce que vous êtes satisfaite sur un autre sujet de la réponse du premier président de la Cour de cassation sur la loi de rétention de sûreté ?

Ecoutez, il y a deux choses dans ce problème pour être très claire. D'abord, être maintenu en prison pour un crime potentiel qu'on n'a pas commis, c'est, en effet, pas possible. Sur le plan juridique, je crois qu'il y a des règles à respecter, sinon laisser les institutions...

* L'idée, c'est d'éviter la récidive pour les criminels très dangereux.

Voilà. Alors, j'y viens. La deuxième chose, c'est que, bien sûr, il ne faut pas relâcher des criminels dangereux qui pourraient recommencer à violer. Donc, comment faire ? Il faut - et ça, la loi le permet déjà - obliger les criminels à se soigner. Le problème c'est qu'en prison, il n'y a plus de moyens. D'abord, il y a une surpopulation carcérale, c'est une chose. Et c'est surtout que l'Etat a supprimé et Nicolas Sarkozy y est pour quelque chose, il a été ministre de l'Intérieur pendant très longtemps, il n'y a plus de psychiatres et d'équipe pluridisciplinaire capables de soigner les délinquants sexuels. Vous savez, j'ai été ministre de l'Enfance, donc je suis allée...

* Il répond qu'on ne peut pas obliger un délinquant sexuel à se soigner en prison ?

Ecoutez, si c'est bien fait, on peut l'y obliger. Et d'ailleurs, ça existe au Québec et ça réussit. Et moi, je suis personnellement aller voir comment ça marchait dans une prison et j'ai vu des délinquants sexuels, j'ai vu les équipes pluridisciplinaires de psychiatres et de médecins prendre en charge les délinquants sexuels. Ils vont jusqu'à les mettre en confrontation avec des victimes pour qu'ils se rendent compte des dégâts qu'ils ont commis ; et à la sortie de prison, il n'y a plus de récidive. Et en effet, les délinquants sexuels qui ont été condamnés par les juges à l'obligation de se soigner - ça c'est vrai aussi en France - lorsqu'ils ne se soignent pas, ne sortent pas ; mais ils sont accompagnés par des équipes et ils finissent par se soigner pour pouvoir sortir de prison.

Donc, des solutions existent. Le problème, c'est le manque cruel de moyens dans les services publics des soins en prison. Et si on veut être efficace sans piétiner les principes juridiques fondamentaux - parce que sinon, c'est tout l'édifice qui s'écroule...

* Il faut plus de moyens en prison ?

Il faut mettre les moyens en prison et ne pas relâcher les délinquants qui ne se soignent pas. C'est très concret.

* Madame Royal, pour revenir aux Municipales puisque vous êtes à Bordeaux. Hier, vous étiez à Périgueux. Il se trouve qu'Alain Rousset que vous êtes venue soutenir, est député. Il est aussi président de Conseil régional. Vous êtes une farouche partisane du non-cumul. Vous vous l'appliquez à vous-même d'ailleurs.

Oui.

* Mais aujourd'hui, vous êtes quand venue soutenir un "sacré cumulard".

Oui, il n'est pas le seul.

* Non, il n'est pas le seul. Mais enfin...

Voilà. Moi je souhaite, bien sûr, que le principe du non-cumul soit un jour inscrit dans notre Droit. Pour l'instant, ce n'est pas le cas. Donc, le cumul il a le droit de le faire, c'est son choix. Voilà, c'est un ami et je vais le soutenir puisqu'il me l'a demandé.

* Est-ce que vous avez abandonné cette revendication ? Est-ce que vous lui dites ?

Non. Ecoutez, moi je me l'applique. D'autres se l'appliquent. Jean Yves Le Drian, en Bretagne, se l'est appliqué.

*Arnaud Montebourg, votre ancien porte-parole, ne se l'applique pas.

Voilà.

* Et François Hollande, non plus.

Voilà, mais ce n'est pas inscrit dans la Loi. Donc, je répète, ils ont le droit de le faire. Tant que ça n'est pas inscrit, et que ça n'est pas obligatoire. Moi, j'aurais fait une réforme des Institutions et je l'aurais inscrit dans la réforme des institutions. Ca sera peut-être un jour une réalité.

* Est-ce qu'on peut considérer que votre Tour de France, tour des Municipales, ne ressemble pas un peu aussi à un tour des fédérations, une sorte de pré-campagne pour la succession de François Hollande à la tête du PS ?

D'abord, c'est passionnant ce tour de France parce que vraiment on remet de la hiérarchie dans l'importance des choses. Je voulais dire d'ailleurs à ce sujet que l'autre très grande inquiétude, c'est ce qui va se passer après les Municipales.

Les Français ont bien entendu que Nicolas Sarkozy leur avait dit que les caisses étaient vides, c'est l'augmentation des impôts. Vous savez, il y a déjà eu six impôts créés en huit mois dont les Franchises médicales. Aujourd'hui, on a peur qu'il y ait une CSG après les Municipales ; et puis, il y a l'invention d'une TVA dite "sociale", qui n'a d'ailleurs rien de social, tout cela ajouté à la hausse des prix. Donc, il y a vraiment une profonde inquiétude et parfois même une colère, une angoisse parce qu'on ne sent plus le cap et la cohérence des décisions qui sont prises pour la France.

Et alors les gens se rendent bien compte qu'en votant pour des candidats socialistes, pour des listes de rassemblement de Gauche et puis qui, souvent, s'élargissent à la société civile, aux personnes de bonne volonté, ça va permettre de mettre un rempart dans les collectivités locales, dans les communes appuyées sur des régions qui vont faire en sorte que les dépenses publiques soient correctement maîtrisées et que là où les choses se délitent, par des actions locales, on puisse compenser un certain nombre de dégâts.

* Merci Ségolène Royal. Merci. C'était Ségolène Royal qui n'a pas eu le temps de nous répondre sur son tour des fédérations. Mais vous l'avez compris, elle est en campagne électorale.


Auteur : Thomas Legrand

05.01.2008

« J'ai beaucoup réfléchi, beaucoup consulté... », Le Parisien

DDA A la une
Vous envisagez désormais de prendre les rênes du PS, mais ne vous en êtes-vous pas tenue trop éloignée depuis l'élection présidentielle ?

Ségolène Royal. Je ne le crois pas. J'ai profité de ces quelques mois pour lire, écrire le bilan auquel je m'étais engagée*, travailler sur le fond et accepter des invitations politiques à l'étranger. Et à chaque fois avec des élus et des responsables socialistes ! Et consacrer du temps à mes enfants et à mes amis. Cette respiration était nécessaire. Du coup, cela a créé une interrogation sur mes projets. Certains m'ont crue anéantie. Eh bien non ! J'ai beaucoup réfléchi, beaucoup consulté, et j'ai entendu tous ceux qui me demandaient si j'allais les laisser tomber. Je pense notamment aux jeunes des quartiers, mais pas seulement, qui attendent tellement que la politique change, et à d'autres qui ont cru à certains slogans et qui aujourd'hui se sentent trahis et nargués.

Vous pensez que les courants, dans l'opinion comme au PS, vous sont encore porteurs ?

Dans de multiples signes quotidiens, je peux vous dire que le lien avec les Français est resté intact. A chaque fois, j'en éprouve la même émotion. Tant de gentillesse, de générosité, d'attente ! Les millions de voix qui se sont portées sur mon nom au second tour de la présidentielle me donnent surtout des devoirs et une incontestable expérience. Personne ne peut contester qu'il y a un potentiel à mettre au service du PS et de la préparation de l'alternative. Je suis très heureuse de voir que beaucoup des idées que j'ai portées durant la campagne sont aujourd'hui largement reprises, notamment dans le cadre des forums du PS. Nicolas Sarkozy continue de piller les propositions qu'il combattait il y a encore six mois, je pense à la réforme de l'indice des prix. Il vient même de reconnaître qu'on ne peut réformer un pays sans dialogue social, quelle découverte ! Mais que de temps perdu et de dégâts en sept mois ! Il a aussi dérobé à Edgar Morin le concept de « politique de civilisation », alors que sa méthode est aux antipodes de cette humanisation des politiques publiques.

Certains vous reprochent de lancer une offensive pour prendre le contrôle du parti alors que démarre la campagne des municipales...

Je m'intéresse à l'avenir du PS, je travaille et j'irai jusqu'au bout de ce travail en équipe. Ne nous trompons pas. Ce sont les polémiques entre socialistes qui nuiraient à la dynamique de la campagne municipale. Et je mets en garde ceux qui s'amuseraient, une fois de plus, à se tirer une balle dans le pied. Car, voyez-vous, c'est le mouvement qui fera gagner des mairies supplémentaires. J'ai fait bouger les lignes durant la campagne. Le travail politique doit d'abord se faire sur les idées. La question du leadership et de ma responsabilité se posera à ce moment-là, et à ce moment-là seulement.

Ecartez-vous l'hypothèse de vous rallier à un premier secrétaire autre que vous-même ?

La question n'est pas d'actualité. Cela ne vous empêche pas de pousser les feux du débat interne... Tant mieux s'il y a du débat ! Pour moi, la politique, c'est faire mouvement d'entraîner, de donner envie.

Quand souhaitez-vous que le congrès ait lieu ?

Ce qui compte, c'est le contenu. Et il faut que les socialistes soient fraternels les uns avec les autres quelle que soit la densité des débats, qui doivent être utiles à la France.

Quel est votre programme immédiat ?

Retravailler avec tous les socialistes, y compris ceux qui hier n'ont pas été à mes côtés, pour rassembler, réunir, consulter, discuter, proposer. Stimuler les forums participatifs dans le cadre des municipales. M'impliquer pleinement aux côtés des candidats aux municipales et cantonales qui me le demandent. Poursuivre le travail de réflexion en profondeur pour le mettre demain au service des Français, pour le traduire en action et en résultat. Et participer, le 20 janvier, au forum sur la rénovation du PS qui se tiendra à la Mutualité, à Paris.

Propos recueillis par Philippe Martinat - Le Parisien

* « Ma plus belle histoire c'est vous », Editions Grasset.

Hier, Ségolène Royal est venue apporter son soutien à José Bové. L'altermondialiste a entamé une grève de la faim pour obtenir l'activation par le gouvernement de la clause de sauvegarde à Bruxelles, qui permettrait d'interdire la culture du maïs OGM en France. « Je respecte et je salue ce courage politique », a lancé Ségolène Royal à Bové, installé dans un bâtiment occupé par l'association Droit au logement avec une quinzaine d'autres militants, rue de la Banque (Paris II e ). Elle a également salué « sa posture morale ».

04.01.2008

“SOUS LES PAVÉS, SÉGOLÈNE ROYAL”

 

VOICI L’INTÉGRALE DE “SOUS LES PAVÉS, SÉGOLÈNE ROYAL” (épisodes 1, 2 et 3)

A l’occasion de la sortie de son livre “Ma plus belle d’histoire, …c’est vous” Ségolène Royal est la troisième invitée de “Sous les pavés…”.

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Photo Thomas Haley-Sipa Press

 

Cliquez sur le lien suivant pour suivre cette émission :

http://www.latelelibre.fr/index.php/2007/12/sous-les-pave...